●●●●● Les arpenteurs

Un Petit Noir LesArpenteursNous sommes encore en janvier et je crois que « Les arpenteurs » de Kim Zupan sera le roman de l’année 2015 ! Un roman noir et lumineux. Une écriture sublime, un rythme lent qui magnifie les descriptions, une musique intérieure qui rappelle celles des grands auteurs nord-américains (Steinbeck, Faulkner…). Une histoire à la fois simple et torturée, celle de deux hommes, un tueur en série âgé et malade, et un jeune adjoint du shérif qui cherche encore sa voie après un début de vie très perturbée. Peu à peu, un dialogue existe entre ces deux hommes, un dialogue basé sur leur compréhension humaine des paysages, du paysage et de son inexorable transformation par l’entreprise des hommes. Ce dialogue s’instaure car le jeune homme veut connaître les crimes commis et surtout retrouver les corps car il sait la difficulté du deuil, car le vieil homme a des choses à transmettre, non pas sa folie mais le pourquoi de cette folie… et c’est sur cette lente érosion des paysages, sur la nostalgie du travail dans les champs que l’accord se fait. Quelque part, on perçoit les mots de « Regain » de Giono, de « Dalva » d’Harrison et le lien qui nous unit tous à la première pousse de blé. Une histoire lumineuse alors qu’elle se passe dans un couloir de prison, avec un meurtrier terrifiant parce qu’on ne peut plus humain. De la grande et belle littérature, un bouquin qui fera date. Plus qu’un monotone discours, un extrait : « L’ombre pareille à une encre malveillante glissait dans les ravines et donnait une forme sinistre aux totems de grès et aux rochers escarpés vêtus des débris rejetés par l’inondation, et il y avait bien assez de silhouettes pour peupler les rêves et les cauchemars des esprits, même les plus sains. Les érables et leurs ombres crépusculaires ressemblaient à des mandragores ou à des créatures griffues, les rapaces qui planaient dans le ciel leur donnaient voix, et les racines des pins sombres serpentaient sur le sol accidentés comme des vipères. » D’après son éditeur, Gallmeister, Kim Zupan a mis trente ans à écrire ce chef d’œuvre. On apprécie d’autant la magnifique ciselure des mots et l’assemblage de ceux-ci et on comprend que sur l’ouvrage… Merci à Kim Zupan.

Kim Zupan – Les arpenteurs – Gallmeister 2015

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